Usages & Performances Publié le 10 octobre 2026

Ipamoréline : guide complet du GHRP sélectif (études, dosage, statut)

17 min de lecture
Image de couverture : Ipamoréline : guide complet du GHRP sélectif (études, dosage, statut)

L'ipamoréline est un pentapeptide synthétique qui stimule la sécrétion de l'hormone de croissance (GH) en activant le récepteur de la ghréline, le GHS-R1a. Mise au point par Novo Nordisk et décrite en 1998 par Raun et al. comme « le premier sécrétagogue sélectif de la GH », elle se distingue des GHRP plus anciens (GHRP-6, GHRP-2, hexaréline) par un point précis : chez le porc, elle libère la GH sans faire monter l'ACTH ni le cortisol, même à des doses plus de 200 fois supérieures à la dose efficace. C'est cette sélectivité qui explique qu'on l'associe si souvent aux analogues de la GHRH comme le CJC-1295.

Ce guide rassemble ce que la littérature publiée permet réellement d'affirmer : structure, mécanisme, pharmacocinétique humaine (Gobburu et al. 1999), données précliniques, essais sur l'iléus postopératoire et leur échec en phase 2, comparaison avec les autres GHRP, doses étudiées, reconstitution et statut réglementaire. Les produits cités sont destinés exclusivement à la recherche in vitro et in vivo (RUO), conformément aux exigences applicables en France et en Europe.

L'ipamoréline, pentapeptide, se fixe sur un récepteur de la ghréline dans la membrane d'une cellule
Un pentapeptide sur son récepteur, un seul signal précis

Identité moléculaire

L'ipamoréline compte cinq résidus : Aib-His-D-2-Nal-D-Phe-Lys-NH2. Trois d'entre eux ne font pas partie des acides aminés du vivant : l'acide aminoisobutyrique (Aib) en position 1, la D-2-naphtylalanine (D-2-Nal) en position 3 et la D-phénylalanine en position 4. L'extrémité C-terminale est amidée. Sa formule brute est C38H49N9O5 et sa masse moléculaire de 711,85 g/mol pour la base libre, valeurs reprises dans le dossier d'évaluation publié par la FDA en 2024.

Sa conception est décrite par Raun et al. (European Journal of Endocrinology, 1998, vol. 139, p. 552-561). Elle est issue d'une série de dérivés du GHRP-1 privés du dipeptide central Ala-Trp, d'où sa taille plus courte que celle des hexapeptides de la famille (GHRP-6, GHRP-2, hexaréline).

Mécanisme d'action : le récepteur de la ghréline

Le récepteur visé a été identifié avant son ligand naturel. Howard et al. (Science, 1996) l'ont cloné dans l'hypophyse et l'hypothalamus du porc et de l'humain, et l'ont nommé GHS-R, récepteur des sécrétagogues de GH. Trois ans plus tard, Kojima et al. (Nature, 1999) ont isolé dans l'estomac du rat son ligand endogène, un peptide de 28 acides aminés porteur d'un groupement octanoyle sur la sérine 3, indispensable à son activité : la ghréline. L'ipamoréline imite donc une hormone digestive.

Raun et al. ont vérifié ce mode d'action à l'aide d'antagonistes : l'effet de l'ipamoréline passe par un récepteur de type GHRP, comme celui du GHRP-6, et non par le récepteur de la GHRH. Sur des cellules hypophysaires de rat en culture, elle libère la GH avec une puissance et une efficacité proches du GHRP-6 (EC50 de 1,3 nmol/l contre 2,2 nmol/l ; effet maximal de 85 % contre 100 %).

Conséquence pratique : la GH libérée vient de l'hypophyse du sujet, et la réponse reste soumise aux freins habituels, dont la somatostatine. Le dossier de la FDA le rappelle : un déficit complet en GH ne répond pas aux sécrétagogues.

La sélectivité : ce que Raun 1998 a montré, et chez quelle espèce

Le résultat qui a fait la réputation de l'ipamoréline vient d'une étude chez le porc éveillé. Raun et al. y ont comparé trois sécrétagogues :

  • Ipamoréline : DE50 de 2,3 nmol/kg, GH maximale de 65 ng/ml.
  • GHRP-6 : DE50 de 3,9 nmol/kg, GH maximale de 74 ng/ml.
  • GHRP-2 : plus puissant (DE50 de 0,6 nmol/kg) mais moins efficace (GH maximale de 56 ng/ml).

Aucun des trois n'a modifié la FSH, la LH, la prolactine ni la TSH. La différence s'est jouée sur l'axe du stress : le GHRP-6 et le GHRP-2 ont fait monter l'ACTH et le cortisol, alors que l'ipamoréline ne les a pas élevés au-delà de ce qu'on observe après une stimulation par la GHRH, même à plus de 200 fois sa DE50. Les auteurs concluent à une sélectivité comparable à celle de la GHRH elle-même.

Deux précisions pour lire ce résultat honnêtement. Il a été obtenu chez le porc : aucune étude humaine publiée n'a mesuré l'ACTH, le cortisol ou la prolactine sous ipamoréline (Gobburu 1999 ne dosait que la GH). Et la prolactine n'a bougé avec aucun des trois peptides chez le porc : l'avantage souvent revendiqué sur la prolactine repose sur les données humaines des autres GHRP, pas sur une comparaison directe.

Pharmacocinétique chez l'humain

La référence est l'étude de Gobburu, Agersø, Jusko et Ynddal (Pharmaceutical Research, 1999, vol. 16, p. 1412-1416). Protocole : perfusion intraveineuse de 15 minutes à cinq paliers de dose (4,21 ; 14,02 ; 42,13 ; 84,27 et 140,45 nmol/kg), avec huit hommes volontaires sains par palier.

ParamètreValeur (Gobburu 1999)
Demi-vie terminaleEnviron 2 heures
Clairance0,078 l/h/kg
Volume de distribution à l'équilibre0,22 l/kg
LinéaritéParamètres proportionnels à la dose
Pic de GHUnique, à 0,67 h (environ 40 minutes), puis décroissance exponentielle
Concentration pour une stimulation semi-maximale (SC50)214 nmol/l
Production maximale de GH modélisée694 mUI/l/h

Lecture : à toutes les doses, l'ipamoréline produit un seul épisode de libération de GH, qui retombe à des valeurs négligeables, sans élévation continue. La variabilité entre sujets était plus forte sur la réponse en GH que sur les concentrations du peptide.

Chez le rat, une étude de Johansen et al. (1998), citée par la FDA, donne une demi-vie d'environ 27 minutes et 60 à 80 % de molécule excrétée inchangée dans les urines. Aucune étude publiée ne décrit la voie sous-cutanée chez l'humain, lacune relevée par la FDA.

Données précliniques

Os et croissance

Johansen et al. (Growth Hormone & IGF Research, 1999) ont injecté l'ipamoréline par voie sous-cutanée trois fois par jour pendant 15 jours à des rates adultes, à 18, 90 ou 450 µg par jour. La croissance longitudinale du tibia est passée de 42 µm/jour (témoins) à 44, 50 et 52 µm/jour selon la dose (p < 0,0001), avec une prise de poids nette et dépendante de la dose. L'IGF-1 total et les marqueurs osseux sériques n'ont pas changé.

Svensson et al. (Journal of Endocrinology, 2000) ont administré l'ipamoréline (0,5 mg/kg/jour), le GHRP-6 (0,5 mg/kg/jour) ou la GH par minipompe pendant 12 semaines à des rates jeunes adultes. Les trois ont augmenté le contenu minéral osseux, mais proportionnellement au poids : l'os était plus gros, pas plus dense.

Andersen et al. (Growth Hormone & IGF Research, 2001) ont traité des rates 3 mois par un corticoïde, avec ou sans ipamoréline (100 µg/kg trois fois par jour) : l'association a augmenté la force musculaire et multiplié par quatre la formation osseuse périostée par rapport au corticoïde seul.

Poids, appétit et masse grasse

L'ipamoréline imite la ghréline, une hormone qui ouvre l'appétit. Lall et al. (Biochemical and Biophysical Research Communications, 2001) ont montré chez la souris que l'ipamoréline, deux fois par jour, augmentait le poids d'environ 15 % en deux semaines et la part de masse grasse, y compris chez des souris dépourvues de GH. Elle augmentait aussi la prise alimentaire, ce que la GH seule ne faisait pas. Les auteurs concluent à une prise de graisse indépendante de la GH, en partie par l'appétit : un point à garder en tête dans toute étude de composition corporelle.

Motricité digestive

La ghréline accélère la vidange gastrique et le transit, ce qui a orienté le développement clinique. Chez le rat opéré de l'abdomen, une dose unique d'ipamoréline (1 mg/kg) a raccourci le délai avant la première selle (Venkova et al., Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 2009), et 52 % du repas restait dans l'estomac sous ipamoréline contre 78 % sous placebo (Greenwood-Van Meerveld et al., Journal of Experimental Pharmacology, 2012).

Le programme clinique : l'iléus postopératoire, et un échec

Sur la base de ces données animales, la société Helsinn Therapeutics a testé l'ipamoréline par voie intraveineuse dans l'iléus postopératoire, la paralysie digestive transitoire qui suit la chirurgie abdominale. Deux essais de phase 2 figurent sur ClinicalTrials.gov.

NCT00672074 : l'essai publié (Beck et al. 2014)

Essai multicentrique, randomisé, en double aveugle, contre placebo, mené de 2008 à 2009 chez des adultes opérés d'une résection de l'intestin grêle ou du côlon. Les patients recevaient 0,03 mg/kg d'ipamoréline par perfusion deux fois par jour, du premier jour postopératoire jusqu'au septième ou à la sortie. Sur 117 patients inclus, 114 ont été analysés (56 ipamoréline, 58 placebo).

Résultat publié par Beck, Sweeney et McCarter (International Journal of Colorectal Disease, 2014, vol. 29, p. 1527-1534) : délai médian jusqu'au premier repas solide toléré de 25,3 heures sous ipamoréline contre 32,6 heures sous placebo, une différence non significative (p = 0,15). Les critères secondaires (première selle, récupération digestive globale, durée d'hospitalisation) ne différaient pas non plus. Les auteurs concluent à une bonne tolérance et à l'absence de différence significative sur l'efficacité.

NCT01280344 : le second essai, sans résultats publiés

Un deuxième essai de phase 2, sponsorisé par Helsinn, a inclus 320 patients après résection intestinale entre 2011 et 2013, avec trois bras d'ipamoréline (0,03 mg/kg deux fois par jour, 0,06 mg/kg deux fois par jour, 0,06 mg/kg trois fois par jour) contre placebo. Il est noté « terminé » sur ClinicalTrials.gov, mais aucun résultat n'y a été déposé et aucune publication n'a été retrouvée. La FDA cite une revue de 2020 (Ishida et al.) selon laquelle le développement a été arrêté après des résultats décevants. Aucun essai de phase 3 n'a été lancé.

Bilan : aucune efficacité démontrée chez l'humain, dans aucune indication. Le seul essai publié, négatif, portait sur une perfusion intraveineuse, pas sur une injection sous-cutanée.

Comparaison avec GHRP-6, GHRP-2 et hexaréline

Les quatre peptides activent le même récepteur. Ils diffèrent par leur longueur, leur puissance et surtout leurs effets hormonaux annexes.

MoléculeStructureEffets hors GH documentésStatut
Ipamoréline5 résidus (Aib-His-D-2-Nal-D-Phe-Lys-NH2)Pas de hausse d'ACTH ni de cortisol chez le porc (Raun 1998) ; non mesuré chez l'humainNon approuvée ; phase 2 sans efficacité démontrée
GHRP-66 résidus (His-D-Trp-Ala-Trp-D-Phe-Lys-NH2)ACTH et cortisol augmentés chez le porc (Raun 1998)Non approuvé
GHRP-2 (pralmoréline)6 résidusACTH et cortisol augmentés chez le porc (Raun 1998)Développé au Japon comme agent de diagnostic du déficit en GH
Hexaréline (examoréline)6 résidus (His-D-2-méthyl-Trp-Ala-Trp-D-Phe-Lys-NH2)Prolactine, ACTH et cortisol augmentés chez l'humain (Korbonits 1995 ; Arvat 1997)Non approuvée

Le GHRP-6 est le prototype de la famille. Bowers et al. (Endocrinology, 1984) ont décrit cet hexapeptide qui libère la GH sans la LH, la FSH, la TSH ni la prolactine dans leurs modèles animaux, avec un pic de GH 10 à 20 minutes après injection intraveineuse chez le rat.

Le GHRP-2, ou pralmoréline, est le plus puissant des trois dans l'étude porcine de Raun (DE50 de 0,6 nmol/kg), avec en contrepartie une hausse de l'ACTH et du cortisol. Il est le seul de ces peptides à avoir trouvé un usage médical : Kaken l'a développé au Japon comme agent de diagnostic du déficit en GH, avec un seuil de pic de GH de 15 µg/l pour distinguer les patients déficitaires des sujets sains (revue Drugs in R&D, 2004).

L'hexaréline est un GHRP-6 dont le tryptophane en position 2 est méthylé. Ses effets annexes sont bien documentés chez l'humain : dans un essai randomisé en double aveugle chez 12 volontaires sains, Korbonits et al. (Clinical Endocrinology, 1995) ont mesuré, après 2 µg/kg en intraveineuse, une hausse de la prolactine, du cortisol et de l'ACTH. Elle illustre aussi la désensibilisation : chez sept enfants traités par voie nasale, le pic de GH a chuté de 70,6 à 34,1 mUI/l dès le septième jour, sans empêcher une accélération de la croissance (Klinger et al., European Journal of Endocrinology, 1996). L'ipamoréline n'a pas fait l'objet d'une étude équivalente chez l'humain ; chez le rat traité 15 jours, Johansen et al. ont seulement noté une réponse de GH « marginalement réduite » à une dose test d'ipamoréline.

L'ipamoréline n'est donc ni la plus puissante ni la plus efficace de la famille : son intérêt tient à son profil hormonal étroit, démontré chez l'animal. Pour situer ces peptides face aux analogues de la GHRH, voir notre comparatif GHRH vs GHRP.

L'association avec le CJC-1295

L'ipamoréline est très souvent étudiée avec un analogue de la GHRH, le plus souvent le CJC-1295 sans DAC (Mod GRF 1-29). Le raisonnement est mécanistique : la GHRH et la ghréline passent par deux récepteurs différents, et leur stimulation simultanée produit plus que la somme des deux. Bowers et al. (Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 1990) l'ont montré chez 18 hommes sains avec la GHRH native et un GHRP de première génération, et parlent d'un effet synergique.

La limite est nette : aucun essai clinique publié n'a testé l'association CJC-1295 + ipamoréline, ni en pharmacocinétique, ni en efficacité, ni en tolérance. Le choix de la forme sans DAC repose sur la cohérence des profils : deux molécules à action courte, dont les pics coïncident, là où le CJC-1295 avec DAC relève la GH en continu pendant des jours. Le détail des deux formes se trouve dans notre guide complet du CJC-1295, et le panorama de la classe dans le dossier sécrétagogues de GH. Un mélange tésamoréline + ipamoréline existe aussi, actuellement en rupture.

Doses étudiées dans la littérature

Les doses humaines publiées concernent uniquement la voie intraveineuse :

  • Gobburu et al. 1999 : perfusion de 15 minutes de 4,21 à 140,45 nmol/kg. Avec une masse moléculaire de 711,85 g/mol, cela correspond à environ 3, 10, 30, 60 et 100 µg/kg. Toutes les doses ont libéré de la GH.
  • Beck et al. 2014 : 0,03 mg/kg (30 µg/kg) deux fois par jour pendant 7 jours au plus, soit environ 2,25 mg par perfusion pour un adulte de 75 kg.
  • NCT01280344 : 0,03 mg/kg deux fois par jour, 0,06 mg/kg deux fois par jour et 0,06 mg/kg trois fois par jour (résultats non publiés).

Chez l'animal, par voie sous-cutanée : 18 à 450 µg par jour chez la rate (Johansen 1999), 100 µg/kg trois fois par jour (Andersen 2001), 0,5 mg/kg/jour par minipompe (Svensson 2000).

Aucune dose sous-cutanée n'a été validée par un essai humain publié. Les schémas qui circulent, exprimés en centaines de microgrammes par injection, relèvent de la pratique, pas de la littérature. La demi-vie de 2 heures mesurée par Gobburu explique qu'ils soient fractionnés dans la journée.

Protocole de reconstitution (usage recherche uniquement)

L'ipamoréline se présente en poudre lyophilisée et se reconstitue dans de l'eau bactériostatique (0,9 % d'alcool benzylique). Les calculs ci-dessous utilisent une seringue à insuline U-100, sur laquelle 1 ml correspond à 100 unités, donc 1 unité à 0,01 ml. Les quantités de 100 et 200 µg servent d'exemples de calcul.

Flacon d'ipamoréline 5 mg :

  • 2 ml d'eau bactériostatique donnent 2,5 mg/ml : 100 µg = 0,04 ml = 4 unités ; 200 µg = 8 unités.
  • 2,5 ml donnent 2 mg/ml : 100 µg = 0,05 ml = 5 unités ; 200 µg = 10 unités.

Flacon d'ipamoréline 10 mg :

  • 2 ml donnent 5 mg/ml : 100 µg = 0,02 ml = 2 unités, un volume difficile à lire avec précision.
  • 4 ml donnent 2,5 mg/ml : 100 µg = 4 unités.
  • 5 ml donnent 2 mg/ml : 100 µg = 5 unités ; 200 µg = 10 unités.

Bonnes pratiques : laisser le flacon revenir à température ambiante, injecter l'eau lentement contre la paroi en verre, faire tourner doucement sans secouer jusqu'à dissolution complète, puis vérifier que la solution est limpide et sans particule.

Stabilité et conservation

Les données de stabilité reprises par la FDA dans son évaluation de 2024 indiquent que l'ipamoréline lyophilisée reste stable environ trois semaines à température ambiante, mais qu'elle doit être stockée au sec en dessous de -18 °C pour la longue durée, l'humidité dégradant fortement les peptides lyophilisés. Une fois en solution, elle reste stable 2 à 3 semaines à 4 °C. Source : une fiche fournisseur, pas une étude publiée. En pratique : solution reconstituée au réfrigérateur, manipulée de façon aseptique, sans congélations répétées.

Sécurité et signaux rapportés

Les seules données de tolérance humaine publiées en administration répétée viennent de l'essai de Beck et al. 2014, chez des patients venant de subir une chirurgie digestive lourde. Les auteurs jugent l'ipamoréline bien tolérée : effets indésirables chez 87,5 % des patients sous ipamoréline et 94,8 % sous placebo, surtout nausées, vomissements et distension abdominale, liés pour la plupart à la chirurgie. Le dossier de la FDA détaille toutefois des écarts :

  • Hypokaliémie : 12,5 % sous ipamoréline contre 3,4 % sous placebo.
  • Insomnie : 10,7 % contre 5,2 %.
  • Hyperglycémie à la sortie : 14,3 % contre 8,6 %.
  • Effets indésirables graves : 17,9 % contre 15,5 %, principalement infections, fuites anastomotiques et réhospitalisations.
  • Deux décès dans le groupe ipamoréline, chez des patients opérés d'un cancer du côlon ayant présenté une fuite anastomotique. La FDA précise que leur lien avec l'ipamoréline n'est pas établi.

La FDA ajoute des réserves théoriques : intolérance au glucose commune aux molécules qui stimulent la GH, possible effet sur les circuits de la récompense (la ghréline agit sur l'aire tegmentale ventrale), immunogénicité liée aux impuretés, et absence d'études publiées de toxicité répétée, de génotoxicité ou de cancérogénicité. Pour la recherche, les marqueurs utiles sont la GH et l'IGF-1, la glycémie à jeun, la kaliémie, le poids et la composition corporelle.

Statut réglementaire

L'ipamoréline n'est autorisée comme médicament dans aucun pays et ne figure dans aucune pharmacopée (européenne, américaine, japonaise, chinoise ni indienne), selon la recherche de la FDA. En Europe, elle est vendue comme réactif de recherche (RUO), non destiné à l'usage humain.

  • États-Unis : la FDA a proposé de ne pas l'inscrire sur la liste des substances utilisables en préparation magistrale (liste 503A). Lors de la réunion du comité consultatif du 29 octobre 2024, le vote a été de 0 voix pour, 12 contre et 1 abstention pour l'acétate comme pour la base libre.
  • Australie : l'ipamoréline a été ajoutée au Poisons Standard parmi les substances améliorant la performance et l'image, dont la détention sans prescription est illégale (d'après le dossier de la FDA).
  • Sport : l'Agence mondiale antidopage la cite nommément dans sa liste des interdictions 2026, section S2.2.4, parmi les sécrétagogues de GH, aux côtés de l'ibutamoren (MK-677) et de la ghréline ; GHRP-2, GHRP-6 et hexaréline y figurent dans la sous-rubrique des GHRP. Interdiction en et hors compétition.

Questions fréquentes sur l'ipamoréline

L'ipamoréline est-elle un GHRP ?

Oui, au sens large : elle active le récepteur de la ghréline (GHS-R1a) comme le GHRP-6, le GHRP-2 et l'hexaréline, et dérive chimiquement du GHRP-1. Elle compte cinq résidus au lieu de six. L'Agence mondiale antidopage la range parmi les « sécrétagogues de GH ».

Quelle est sa demi-vie ?

Environ 2 heures chez l'homme après perfusion intraveineuse (Gobburu 1999), avec un pic de GH unique vers 40 minutes. Chez le rat, environ 27 minutes.

A-t-elle été testée chez l'humain ?

Oui, en pharmacocinétique chez des volontaires sains (Gobburu 1999) et dans deux essais de phase 2 sur l'iléus postopératoire. Le seul publié (Beck 2014, 114 patients) n'a pas montré d'efficacité significative ; le second (320 patients) n'a pas publié de résultats, et le développement a été arrêté.

Pourquoi l'associer au CJC-1295 ?

Parce que les deux agissent sur deux récepteurs différents et que l'association GHRH + GHRP s'est montrée synergique chez l'humain (Bowers 1990). L'association précise CJC-1295 + ipamoréline n'a jamais été testée dans un essai publié.

Conclusion

L'ipamoréline est le premier GHRP décrit comme sélectif, et c'est son vrai argument : chez le porc, elle libère la GH sans toucher à l'ACTH ni au cortisol. Chez l'humain, elle produit un pic de GH unique et bref, avec une demi-vie d'environ deux heures. Le reste du dossier est mince. L'efficacité clinique n'a jamais été démontrée, le seul essai publié est négatif, la sélectivité n'a pas été vérifiée chez l'homme, et l'association avec le CJC-1295 repose sur un raisonnement, pas sur un essai. Pour un chercheur, c'est un outil précis pour étudier la voie de la ghréline et la pulsatilité de la GH, à condition de lire la littérature avec ces limites en tête.

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Contenu scientifique
Rédigé par des experts