Selank : guide complet du peptide anxiolytique russe en recherche

Sommaire
- Identité moléculaire : de la tuftsine au Selank
- Stabilité et dégradation dans l'organisme
- La voie intranasale
- Mécanismes étudiés
- Données précliniques : comportement chez l'animal
- Usage en Russie et études chez l'humain
- Selank et benzodiazépines : ce que disent les études
- Selank et Semax : deux cousins, deux profils
- Doses étudiées dans la littérature
- Protocole de reconstitution (usage recherche uniquement)
- Stabilité et conservation
- Sécurité et signaux rapportés
- Statut réglementaire
- Questions fréquentes sur le Selank
- Conclusion
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Le Selank est un heptapeptide synthétique (Thr-Lys-Pro-Arg-Pro-Gly-Pro) conçu à l'Institut de génétique moléculaire de l'Académie des sciences de Russie, à Moscou, comme analogue stabilisé de la tuftsine, un petit peptide naturel issu des immunoglobulines. Développé avec l'Institut de pharmacologie Zakusov, il est enregistré en Russie sous forme de gouttes nasales à 0,15 % pour les états anxieux. Ses études cliniques existent, mais elles sont peu nombreuses, de petite taille, publiées pour l'essentiel en russe par les équipes qui ont conçu la molécule, et aucune n'a été reproduite par une équipe occidentale.
Ce guide fait le point sur ce que l'on sait réellement du Selank : structure et stabilité, voie intranasale, mécanismes étudiés (enképhalinases, GABA, sérotonine, cytokines, expression génique), essais cliniques russes et leurs limites, comparaison avec les benzodiazépines telle qu'elle apparaît dans les études, doses employées dans la littérature, reconstitution et conservation, statut réglementaire et différences avec le Semax. Les produits cités sont destinés exclusivement à la recherche in vitro et in vivo (RUO), pas à l'usage humain. Pour le panorama des peptides étudiés en cognition, voir aussi notre guide Semax, Selank, Dihexa et nootropiques peptidiques.

Identité moléculaire : de la tuftsine au Selank
Le point de départ du Selank est la tuftsine, un tétrapeptide de séquence Thr-Lys-Pro-Arg isolé en 1970 à l'université Tufts par Victor Najjar et Kenji Nishioka (Nature, 1970). La tuftsine est libérée à partir de la chaîne lourde des immunoglobulines G et stimule la phagocytose des macrophages et des neutrophiles. Son défaut, comme celui de la plupart des petits peptides, est sa fragilité : elle est rapidement découpée par les peptidases du sang.
Les chercheurs moscovites ont allongé la tuftsine à son extrémité C-terminale de trois acides aminés naturels, Pro-Gly-Pro. Selon les publications de l'Institut de génétique moléculaire (Volkova et al., Frontiers in Pharmacology, 2016 ; Filatova et al., 2017), cette extension a été choisie pour améliorer la stabilité métabolique du peptide et prolonger sa durée d'action. Le même motif Pro-Gly-Pro, de la famille des « glyprolines », se retrouve à l'extrémité du Semax, conçu dans le même institut.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Séquence | Thr-Lys-Pro-Arg-Pro-Gly-Pro (TKPRPGP) |
| Longueur | 7 acides aminés (heptapeptide) |
| Formule brute | C33H57N11O9 |
| Masse moléculaire | 751,9 g/mol (monoisotopique 751,43 Da) |
| Numéro CAS | 129954-34-3 |
| Autres noms | TP-7, Selanc |
| Origine | Institut de génétique moléculaire (Académie des sciences de Russie), avec l'Institut de pharmacologie Zakusov |
Le Selank est un peptide linéaire fait uniquement d'acides aminés L naturels : ni acide aminé modifié, ni chaîne lipidique, ni cyclisation, à la différence des peptides métaboliques modernes comme le sémaglutide.
Stabilité et dégradation dans l'organisme
Le motif Pro-Gly-Pro ralentit la dégradation, mais ne la supprime pas. L'équipe de Zolotarev (Bioorganicheskaya Khimiya, 2006) a suivi le Selank marqué au tritium dans le plasma et après administration intranasale chez l'animal. Les principaux produits de dégradation identifiés sont le pentapeptide TKPRP, le tripeptide TKP et les dipeptides RP et GP. Une partie de l'activité biologique pourrait d'ailleurs venir de ces fragments : dans les travaux de Kolomin et al. (Molecular Immunology, 2014), le dipeptide Gly-Pro reproduit chez la souris une grande partie des effets du Selank sur l'expression de gènes immunitaires.
La notice russe du médicament indique que la concentration plasmatique du Selank baisse progressivement en 5 à 5,5 minutes et revendique une biodisponibilité absolue de 92,8 % par voie nasale. Ces chiffres proviennent du fabricant et ne sont pas, à notre connaissance, publiés dans une étude pharmacocinétique humaine indexée. Comment des effets décrits sur des heures ou des jours s'accordent avec une présence plasmatique de quelques minutes reste une question ouverte.
La voie intranasale
Dans presque toutes les études russes, chez l'animal comme chez l'humain, le Selank est administré par le nez. L'argument repose sur une étude de distribution : Ashmarin et al. (Bioorganicheskaya Khimiya, 2008) ont comparé chez le rat les voies intrapéritonéale, intranasale, intragastrique et intraveineuse avec des glyprolines marquées au tritium. Ils concluent que la voie intranasale est la plus efficace pour amener ces peptides dans le système nerveux central. Ils notent aussi une forte accumulation dans les tissus gastriques, quelle que soit la voie.
La voie compte. Chez la souris, Vasil'eva et al. (Eksperimental'naya i Klinicheskaya Farmakologiya, 2016) ont comparé 300 µg/kg par jour pendant 5 jours en intrapéritonéal et en intranasal. L'effet anxiolytique n'apparaît que dans la lignée BALB/c, naturellement plus anxieuse. Surtout, la voie intrapéritonéale augmente de 38 % la liaison d'un marqueur des récepteurs GABA dans le cortex frontal, tandis que la voie intranasale augmente de 23 % la liaison d'un marqueur des récepteurs NMDA dans l'hippocampe, sans effet sur le GABA. Aucune étude humaine ne mesure la quantité qui atteint le cerveau.
Mécanismes étudiés
Le Selank n'a pas de récepteur identifié. Les mécanismes proposés reposent sur des expériences in vitro ou chez le rongeur ; voici ce que ces études montrent.
Inhibition des enzymes qui dégradent les enképhalines
Les enképhalines sont des peptides opioïdes endogènes impliqués dans la réponse au stress et à la douleur, détruits en quelques minutes par des peptidases. Zozulya et al. (Bulletin of Experimental Biology and Medicine, 2001) rapportent que les patients atteints de trouble anxieux généralisé présentent une demi-vie de la leu-enképhaline sanguine raccourcie, ce qui n'est pas le cas dans le trouble panique ou l'agoraphobie. Dans le plasma humain, le Selank inhibe de façon dose-dépendante l'hydrolyse des enképhalines avec une CI50 de 15 µM. Une seconde étude du même groupe (Kost et al., 2001) trouve une CI50 de 20 µM pour le Selank et de 10 µM pour le Semax sur les enzymes du sérum humain ; les fragments pentapeptidiques conservent cet effet, les fragments plus courts non.
Une CI50 de 15 à 20 µM est élevée ; rien ne montre qu'elle soit atteinte in vivo après une goutte nasale.
Système GABA
Les auteurs russes rapprochent le Selank des benzodiazépines, qui potentialisent le récepteur GABA-A. Trois études testent cette hypothèse. Volkova et al. (Frontiers in Pharmacology, 2016) ont administré 300 µg/kg de Selank ou de GABA par voie intranasale à des rats et mesuré l'expression de 84 gènes de la neurotransmission dans le cortex frontal : 45 gènes changent d'expression à 1 heure, 22 à 3 heures, avec des profils corrélés entre Selank et GABA. Dans des cellules de neuroblastome humain IMR-32, en revanche, Filatova et al. (2017) ne trouvent aucun changement d'expression des gènes GABAergiques sous Selank seul ; le peptide modifie seulement la réponse au GABA lorsqu'ils sont associés. Enfin, Vyunova et al. (Protein and Peptide Letters, 2018), sur des membranes de cerveau de rat, décrivent le Selank comme un modulateur allostérique positif de la liaison du GABA marqué, et observent qu'il bloque l'effet modulateur du diazépam et de l'olanzapine, ce qui suggère des sites de liaison distincts mais en partie chevauchants.
Sérotonine et monoamines
Semenova et al. (2009) ont travaillé sur 87 rats dont la synthèse de sérotonine avait été bloquée par la p-chlorophénylalanine : le Selank augmente le métabolisme de la sérotonine dans le tronc cérébral 30 minutes après l'injection, alors que la tuftsine seule ne le fait pas. Chez la souris, Narkevich et al. (2008) observent avec 0,3 mg/kg une hausse de la noradrénaline hypothalamique dans deux lignées, mais des effets opposés selon la lignée sur les métabolites de la dopamine et une baisse de la sérotonine hippocampique chez les seules BALB/c. Ses effets dépendent donc fortement du terrain.
Cytokines et interleukine 6
L'héritage de la tuftsine se retrouve dans les travaux immunologiques. Uchakina et al. (Zhurnal Nevrologii i Psikhiatrii, 2008) rapportent qu'in vitro, à 0,1 µM, le Selank supprime l'expression du gène de l'IL-6 dans les cellules sanguines de patients déprimés mais pas de témoins sains, tandis que la concentration d'IL-6 dans ces cultures augmente ; chez des patients anxieux traités 14 jours, ils décrivent des changements de l'équilibre des cytokines Th1/Th2. Chez le rat soumis à un stress social de 20 jours, Yasenyavskaya et al. (2021) mesurent une baisse de l'IL-1β, de l'IL-6, du TNF-α et du TGF-β1 sous Selank à 100 µg/kg par jour en intrapéritonéal.
Expression génique et BDNF
L'Institut de génétique moléculaire a beaucoup étudié l'effet du Selank sur le transcriptome. Après une administration intranasale unique de 200 µg/kg chez le rat, Kolomin et al. (2013) observent un changement de plus de 2 fois de l'ARNm de 36 gènes de l'hippocampe, et de 20 gènes après un traitement prolongé, surtout des gènes de protéines membranaires. Dans la rate de souris, 34 gènes de l'inflammation sur 84 changent d'expression après une injection de 100 µg/kg (Kolomin et al., Regulatory Peptides, 2011). Sur le BDNF, facteur neurotrophique lié à la plasticité, Inozemtseva et al. (2008) rapportent une régulation de son expression dans l'hippocampe de rat après administration intranasale, et Kolik et al. (2019) montrent qu'à 0,3 mg/kg par jour pendant 7 jours, le Selank prévient chez le rat les troubles de mémoire liés à 30 semaines d'alcool et la hausse du BDNF qui les accompagne.
Ces données décrivent des changements d'expression, pas un mécanisme établi : on ignore lesquels sont la cause des effets comportementaux et lesquels n'en sont qu'une conséquence.
Données précliniques : comportement chez l'animal
Chez le rongeur, le Selank est surtout étudié dans des modèles d'anxiété et de sevrage. Kolik et al. (2014) rapportent qu'une injection unique de 0,3 mg/kg supprime chez le rat l'anxiété du sevrage alcoolique aigu (labyrinthe en croix surélevé, test d'interaction sociale) sans modifier la consommation d'alcool. Konstantinopolsky et al. (2022) observent dans le sevrage morphinique précipité par la naloxone une baisse de 39,6 % de l'indice global de sevrage, contre 49,3 % pour le diazépam à 2 mg/kg. Kasian et al. (Behavioural Neurology, 2017) décrivent, dans un modèle de stress chronique léger imprévisible, un effet plus marqué de l'association Selank plus diazépam que de chaque molécule seule.
Usage en Russie et études chez l'humain
En Russie, le Selank est commercialisé sous forme de gouttes nasales à 0,15 %, soit 1,5 mg de peptide par ml, avec du parahydroxybenzoate de méthyle comme conservateur. Selon la notice publiée par le registre russe RLS, il est indiqué chez l'adulte de 18 ans et plus dans les états anxieux et la prévention des troubles liés au stress, délivré sans ordonnance, à raison de 2 gouttes dans chaque narine 3 fois par jour pendant 14 jours, cure renouvelable après 1 à 3 semaines.
Les études cliniques publiées sont les suivantes :
| Étude | Population | Comparateur | Résultat rapporté |
|---|---|---|---|
| Zozulya et al., 2008 | 62 patients (anxiété généralisée, neurasthénie) | Médazépam (30 Selank contre 32) | Effet anxiolytique similaire ; effets anti-asthéniques et stimulants en plus sous Selank |
| Uchakina et al., 2008 | Patients anxieux, 14 jours | Non décrit dans le résumé | Modification de l'équilibre des cytokines Th1/Th2 |
| Medvedev et al., 2014 | 60 patients (troubles anxieux, phobiques, somatoformes) | Phénazépam | Effet anxiolytique marqué, persistant une semaine après l'arrêt |
| Medvedev et al., 2015 | 70 patients | Phénazépam seul (30) contre phénazépam plus Selank (40) | Effet plus précoce et moins d'effets indésirables du phénazépam dans le groupe associé |
| Panikratova et al., 2020 | 52 volontaires sains | Placebo et Semax | Modification de la connectivité cérébrale au repos (IRM fonctionnelle), sans mesure clinique |
Ce que valent ces études
Il faut le dire clairement : le niveau de preuve est faible. Les essais comptent quelques dizaines de patients. Les résumés ne décrivent ni tirage au sort ni double insu, et les essais anxieux n'ont pas de groupe placebo : le Selank y est comparé à une benzodiazépine, ce qui ne permet pas de distinguer un effet réel d'un effet placebo partagé par les deux bras. Les publications sont pour la plupart en russe, dans des revues russes, et cosignées par les concepteurs de la molécule. Une recherche sur le registre international ClinicalTrials.gov (octobre 2026) ne retrouve aucun essai portant sur le Selank. Et aucune équipe occidentale n'a publié de réplication.
Le regard extérieur va dans ce sens. Dans le Journal of Clinical Pharmacology (2021), Doyno et White qualifient le phénibut et le Selank de « médicaments russes peu étudiés », vendus aux États-Unis comme compléments alimentaires. Le laboratoire belge de contrôle Sciensano (Vanhee et al., Drug Testing and Analysis, 2020) a identifié du Selank et du Semax dans des préparations saisies et souligne qu'à sa connaissance ces peptides n'ont achevé aucun essai clinique au sens international du terme.
Selank et benzodiazépines : ce que disent les études
La comparaison avec les benzodiazépines est au cœur de la présentation du Selank, et elle mérite d'être lue précisément. Ce qui est publié :
- Efficacité anxiolytique comparable au médazépam (Zozulya et al., 2008) et effet marqué dans une étude contre phénazépam (Medvedev et al., 2014), sans placebo dans aucun des deux cas.
- Absence d'effets typiques des benzodiazépines (amnésie, sevrage, dépendance) : cette affirmation est répétée dans les introductions des articles de l'Institut de génétique moléculaire, qui renvoient aux travaux cliniques russes. Aucune étude de dépendance indépendante n'est publiée.
- Association plutôt que remplacement : chez 70 patients, l'ajout de Selank au phénazépam accélère l'effet et réduit sédation, troubles de l'attention et de la mémoire (Medvedev et al., 2015). Chez le rat, l'association Selank plus diazépam est la plus efficace sous stress chronique (Kasian et al., 2017).
- Interaction au niveau du récepteur : sur membranes de cerveau, le Selank bloque l'effet modulateur du diazépam sur la liaison du GABA (Vyunova et al., 2018).
- Sevrage chez l'animal : effet proche du diazépam, légèrement inférieur, dans le sevrage morphinique du rat (Konstantinopolsky et al., 2022).
Ces résultats décrivent de petits essais et des comparaisons de laboratoire, pas une équivalence thérapeutique.
Selank et Semax : deux cousins, deux profils
| Selank | Semax | |
|---|---|---|
| Séquence | Thr-Lys-Pro-Arg-Pro-Gly-Pro | Met-Glu-His-Phe-Pro-Gly-Pro |
| Peptide d'origine | Tuftsine (immunoglobuline G) | Fragment ACTH 4-7 |
| Profil étudié | Anxiolytique, immunomodulateur | Récupération neurologique, attention |
| Mécanisme le plus cité | GABA, enképhalinases | BDNF, systèmes monoaminergiques |
| Inhibition des enképhalinases (CI50, sérum humain) | 20 µM | 10 µM |
| Usage en Russie | États anxieux | Neurologie, accident vasculaire cérébral |
Les deux heptapeptides partagent l'institut d'origine, la queue Pro-Gly-Pro, la voie nasale et les mêmes limites de preuve. L'étude d'IRM fonctionnelle de Panikratova et al. (2020) est l'une des rares à les comparer directement : sur 52 volontaires sains, elle décrit des effets communs et des effets propres à chacun sur la connectivité entre l'amygdale droite et le cortex temporal droit.
Doses étudiées dans la littérature
- Rat, voie intranasale : 300 µg/kg en dose unique (Volkova et al., 2016), dose présentée comme la plus efficace sur l'anxiété ; 200 µg/kg en dose unique ou en cure (Kolomin et al., 2013).
- Rat, voie intrapéritonéale : 0,3 mg/kg en dose unique (Kolik et al., 2014 ; Konstantinopolsky et al., 2022) ou 0,3 mg/kg par jour pendant 7 jours (Kolik et al., 2019) ; 100 µg/kg par jour pendant 20 jours (Yasenyavskaya et al., 2021).
- Souris : 100 µg/kg en intrapéritonéal (Kolomin et al., 2011) ; 300 µg/kg par jour pendant 5 jours par voie intrapéritonéale ou intranasale (Vasil'eva et al., 2016).
- In vitro : 0,1 µM sur cellules sanguines humaines (Uchakina et al., 2008) ; CI50 de 15 à 20 µM sur les enképhalinases plasmatiques.
- Humain : la spécialité russe est dosée à 1,5 mg/ml, à raison de 2 gouttes par narine 3 fois par jour pendant 14 jours. Les résumés des essais cliniques consultés ne précisent pas la dose administrée, et la notice n'indique pas le volume d'une goutte.
Protocole de reconstitution (usage recherche uniquement)
Le Selank est fourni sous forme lyophilisée. Il est très soluble dans l'eau, avec trois résidus polaires ou chargés (Thr, Lys, Arg) sur sept. La reconstitution se fait avec de l'eau bactériostatique (alcool benzylique à 0,9 %), injectée lentement contre la paroi du flacon, puis homogénéisée par rotation douce, sans agiter.
| Flacon | Volume d'eau | Concentration | 10 unités sur seringue U-100 (0,1 ml) |
|---|---|---|---|
| Selank 5 mg | 2 ml | 2,5 mg/ml | 250 µg |
| Selank 5 mg | 1 ml | 5 mg/ml | 500 µg |
| Selank 10 mg | 2 ml | 5 mg/ml | 500 µg |
| Selank 10 mg | 4 ml | 2,5 mg/ml | 250 µg |
Sur une seringue U-100, 100 unités correspondent à 1 ml : chaque unité vaut donc 0,01 ml. À 2,5 mg/ml, 1 unité contient 25 µg ; à 5 mg/ml, 50 µg. Pour comparaison, la spécialité russe est à 1,5 mg/ml, concentration qu'on obtient avec environ 3,3 ml pour 5 mg ou 6,7 ml pour 10 mg. Pour les protocoles de recherche par voie nasale, la question du solvant se pose : la spécialité russe utilise de l'eau purifiée avec un parabène comme conservateur, et non de l'alcool benzylique.
Stabilité et conservation
À l'état lyophilisé, le Selank se conserve au mieux à -20 °C, à l'abri de la lumière et de l'humidité ; un stockage de courte durée à 2-8 °C est acceptable. La notice russe prescrit de conserver la solution nasale entre 2 et 8 °C, sans congélation, puis au plus 15 jours à 25 °C maximum après ouverture. Une fois reconstitué en eau bactériostatique, le flacon se garde au réfrigérateur et s'utilise de préférence dans les semaines qui suivent, en manipulation aseptique. Sa séquence ne contient ni méthionine ni cystéine, ce qui le rend peu sensible à l'oxydation ; le principal risque est l'hydrolyse enzymatique ou bactérienne en cas de contamination. Pour le détail des bonnes pratiques, voir notre guide de conservation des peptides lyophilisés.
Sécurité et signaux rapportés
La notice russe ne mentionne que deux effets indésirables, de fréquence inconnue : des réactions allergiques, y compris retardées, et un goût désagréable quand la solution passe dans la gorge. Elle contre-indique la grossesse, l'allaitement et l'âge inférieur à 18 ans. Les essais publiés décrivent une bonne tolérance, mais sur des effectifs trop faibles et des durées trop courtes pour repérer des effets rares ou tardifs. Aucune donnée indépendante de toxicologie à long terme, de dépendance ou d'interaction n'est publiée hors de Russie.
Statut réglementaire
Le Selank est un médicament enregistré en Russie, délivré sans ordonnance. Il n'est autorisé ni par l'Agence européenne des médicaments ni par la FDA américaine, et n'a fait l'objet d'aucun essai enregistré sur ClinicalTrials.gov. En France et dans l'Union européenne, il relève d'un usage de recherche (RUO) et ne peut être présenté comme un médicament.
Questions fréquentes sur le Selank
Le Selank est-il un peptide naturel ?
Non. C'est un peptide synthétique, mais construit à partir d'un peptide naturel, la tuftsine (Thr-Lys-Pro-Arg), à laquelle on a ajouté le motif Pro-Gly-Pro pour le stabiliser.
Le Selank agit-il comme une benzodiazépine ?
Les études russes le décrivent comme un modulateur allostérique de la liaison du GABA, avec un effet anxiolytique comparable au médazépam dans un essai de 62 patients. Mais son site de liaison semble distinct de celui du diazépam, et aucun essai contre placebo de grande taille n'a été publié.
Existe-t-il des études occidentales sur le Selank ?
Pas d'essai clinique. Les publications occidentales sont des revues critiques (Doyno et White, 2021) et des travaux de laboratoires de contrôle qui identifient la molécule dans des produits saisis (Sciensano, 2020).
Quelle différence entre le Selank et le Semax ?
Même institut, même queue Pro-Gly-Pro, même voie nasale. Le Selank dérive de la tuftsine et est étudié comme anxiolytique ; le Semax dérive d'un fragment de l'ACTH et est étudié en neurologie et sur l'attention.
Comment reconstituer un flacon de 10 mg ?
Avec 2 ml d'eau bactériostatique, on obtient 5 mg/ml : sur une seringue U-100, 10 unités contiennent 500 µg. Avec 4 ml, on obtient 2,5 mg/ml et 10 unités contiennent 250 µg.
Conclusion
Le Selank a une vraie histoire scientifique : une conception rationnelle à partir de la tuftsine, plus de vingt ans de travaux sur les enképhalinases, le GABA, les cytokines et l'expression génique, et un statut de médicament en Russie. Son dossier humain reste pourtant mince : quelques essais russes de 60 à 70 patients, sans placebo, jamais répliqués ailleurs. C'est un outil de recherche intéressant pour étudier la modulation peptidique de l'anxiété et de l'immunité, pas une molécule dont l'efficacité clinique serait établie selon les standards internationaux.
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